• Epitaphe pour un bon larron

    Epitaphe pour un bon larron

     

    Toi qui toujours marchais de garrigue en ramures,

    Toi qu’on n’attachait pas longtemps entre des murs,

    Qui sellais ta moto, lavé de matin pur,

    Ton ancien corps est là, sous cette lourde pierre.

    Sans yeux pour tes amis, sans ouïr leur prière.

    Avec les autres morts sous le béton obscur.

     

     

     

    Mais ton âme est ailleurs, bien vivante et légère

    En haut d’une colline, entre thym et bruyère.

    De ta pipe elle monte, ainsi qu’une fumée

    Qui vient, qui va, repart du ciel ou de la terre,

    S’enroule autour d’un mont, demeure, hospitalière,

    Complote une visite auprès de gens aimés.

     

     

     

    Et dans leur cœur ils voient ta haute silhouette,

    Tes doigts sur ta guitare emplumée de poète

    Et de peintre de Chine, à l’encre et en points noirs.

    Ils entendent ta voix sonore, et ton rire,

    Ton prélude au piano, la rivière où tu mires

    Tes messages d’amour, la rage d’un espoir.

     

     

     

    Tu es parti bien tôt pour la mort buissonnière,

    Comme le fit Brassens il y a vingt ans : naguère !

    Mon prince, souviens-toi de ta dame, jadis.

    Aujourd’hui elle est là, qui ne rit ni ne pleure,

    Laisse son cœur ouvert chaque jour, à toute heure,

    Ecoutant le hautbois et le De profundis.

     

     

     

    Priant le Seigneur pour ton âme mécréante,

    Mais si remplie d’amour, d’humour, et pas méchante,

    Plaidant de ta bonté, de la guerre et du feu.

    Et Lui énumérant tous tes actes fidèles

    Afin qu’Il ait pitié, et te donne des ailes,

    T’accueille en Sa maison et t’ouvre tous Ses lieux :

     

     

    Des bois de châtaigniers, des jardins, la musique,

    Des chemins dans le temps, les langues archaïques,

    Des villes rose et or, de toulousains couchants,

    Des soleils africains, des tables provençales,

    Des Paris oubliés, navires et escales,

    Des gares d’Italie, des France d’artisans.

     

     

     

    Et puis une oasis, une cruche d’eau claire,

    Un désert somptueux, une borie de pierres,

    Là où tu lui fixas son lointain rendez-vous.

    Te rende enfin un corps que l’amour transfigure.

    L’oiseau de ce matin en a été l’augure.

    Elle Lui dit : « Mon Dieu, je me mets à genoux. »

     

     

     

    Elle Lui dit : « Mon Dieu, ressuscitez cet homme.

    Sa belle voix saura Vous composer des psaumes.

    Il ne fut à personne. Il est déjà à Vous. »

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