• Epitaphe pour Sainte Victoire

    EPITAPHE POUR SAINTE-VICTOIRE

     

     

    Montagne mon amie ma complice

    où j'ai guetté le miracle de chaque matin

    Depuis sept ans tu es mon horizon

    Allumée de rose tu m'invitais à vivre

    Je t'ai vue poudrée de mauve dans la brume

    Une écharpe de cygne au cou

    Incendiée d'amour au couchant

    Tragique sous l'orage

    Etincelante sous la neige

    Disparue dans l'averse

    Tes rochers présentaient leurs faces à la lumière

    et faisaient bouger tes reliefs

    La couleur des forêts débordait de ses lignes

    et tu t'ombrais comme une femme

     

     

    Une joie m'est arrivée

    Tu souriais à mon bonheur

    Tu l'accueillais parfois dans la bénédiction

    de tes parfums

    Puis un malheur m'advint

    Et tu dressais toujours ton vaisseau pour me dire :

    "Vois comme je suis belle et comme je dure !

    Ne te soucie donc pas d'un nuage qui passe"

     

     

    Je me suis mise à attendre

    Tu étais devenue un autel pour mes prières

    Je te volais des portraits avec mon appareil et mes pinceaux

    En aurore et en pluie, en bleu, en vert, en ocre rose,

    en lie-de-vin, en noir et blanc,

    en vapeur blanche et en esprit,

    grande dame en toutes toilettes

    le symbole de l'immuable

    dans le mouvement des saisons

    dans les caprices de lumière

     

     

    JE T'AI VUE NUE, DANS LE MISTRAL,

    FENDRE L'AZUR COMME UN COUTEAU

     

     

    Ils t'ont brûlée

    ILS T'ONT MISE AU BUCHER

    COMME JADIS LES SORCIERES

     

     

    Ils t'ont brûlée

    Et te voici, sépia et noir,

    endeuillée de toi-même

    Nous contemplons le désastre

    de ta pâleur mortelle

    de tes bois calcinés

    Nous respirons l'âcre odeur de la mort

    Nous retenons notre souffle comme

    sur un champ de bataille

    après que les derniers râles se soient tus

    accablés par un sentiment d'irrémédiable

     

     

    Il est venu pour toi, le temps de peine

    Tu pleures tes arbres, moi mes amours

     

     

    Pourtant, rocher, tu demeures

    et te dresses contre le vent

    Et je te regarde toujours

    Et l'espoir ne veut pas mourir

    Sous tes cendres bat le coeur

    de la vie obstinée

     

     

    Ils n'ont pu t'avilir

    Ils ont coupé ta chevelure

    Ils t'ont dépouillée de tes vêtements

    Ils t'ont saccagée

    Mais ils ne peuvent rien contre ton âme

    Ils passeront

    Et toi

    TU REFLEURIRAS

    Ton souffle

    dans tes arbres, dans tes parfums,

    dans le bruissement des insectes

    caressera nos visages

     

     

    Nous te gravirons encore en nous tenant par la main

    Et dans la gloire du sommet

    nous regarderons

     

     

    DE L'AUTRE COTE

     

     

                                                              Hélène Aribaut

                                                             Fuveau, le 13 Septembre 1989.

                                                             Publié dans Créart, la même année.

    « Faire de la musiqueEpitaphe pour un bon larron »
    Google Bookmarks

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :